Le Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC), parti du président Paul Biya, célèbre cette année ses 40 ans d’existence. Un anniversaire particulier qui se situe dans un contexte électoral important, avec l’élection présidentielle prévue pour octobre 2025, où Paul Biya, 92 ans, devrait être reconduit en tant que candidat statutaire du parti. Si la décision officielle du président Biya reste attendue, la machine politique du RDPC est déjà bien en marche.
Le RDPC est né en 1985 à Bamenda, dans la région du Nord-Ouest anglophone du Cameroun, un territoire au cœur des tensions politiques de l’époque. À ce moment-là, Paul Biya était au pouvoir depuis trois ans et faisait face à plusieurs crises internes. La première était liée à son ancien mentor, Ahmadou Ahidjo, président fondateur du Cameroun, qui, après sa démission en 1982, avait tenté de maintenir son emprise politique en conservant la direction de l’Union Nationale Camerounaise (UNC), le parti unique. Ce schisme au sommet de l’État a contribué à créer des tensions qui allaient se traduire en une rivalité politique.
Quelques mois après cette rupture, en 1984, le pays fut secoué par une tentative de coup d’État qui ébranla davantage le pouvoir de Paul Biya. Face à cette instabilité, le président Biya décida de fonder un nouveau parti politique, plus en phase avec ses ambitions et sa vision. Ainsi, le RDPC (Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais) vit le jour, une formation politique entièrement dévouée à soutenir sa présidence.
Avec le retour au multipartisme en 1992, le RDPC, jusque-là habitué à l’unicité du pouvoir, dut faire face à un environnement politique beaucoup plus compétitif. Cette année-là, le RDPC affronta pour la première fois la compétition électorale sous la forme des législatives et des municipales. Le multipartisme fut un véritable défi pour le parti, qui perdit du terrain au profit de l’opposition, notamment le Social Democratic Front (SDF), dirigé par Ni John Fru Ndi. Le RDPC dut s’engager dans ses premières alliances avec des partis d’opposition, comme le MDR, pour conserver une majorité à l’Assemblée nationale.
En dépit de cette concurrence nouvelle, Paul Biya remporta en 1992 la première élection présidentielle pluraliste face à Ni John Fru Ndi, mais de manière très serrée. C’est à partir de cette période que le RDPC mit tout en œuvre pour reconquérir le paysage politique camerounais. Au fil des années, il réussit à reprendre une large majorité dans toutes les institutions publiques, du Parlement aux conseils municipaux et régionaux, ne laissant à l’opposition qu’une portion congrue du pouvoir.
Aujourd’hui, 40 ans après sa fondation, le RDPC est devenu la principale force politique du Cameroun, consolidant le pouvoir de Paul Biya qui, depuis plus de quatre décennies, incarne le leadership du pays. À travers ses institutions et son emprise sur la vie politique, le parti s’est imposé comme un acteur clé, malgré les critiques d’un manque de pluralisme et d’une démocratie dominée par le chef de l’État.