Malgré les tensions et les accusations d’ingérence portées contre la France, une entreprise française, Idemia, continue de fabriquer les nouveaux passeports de l’Alliance des États du Sahel (AES). Ces documents, mis en circulation le 29 janvier dernier, remplacent les anciens passeports Cédéao. Le Mali, le Niger et le Burkina Faso, ayant quitté la CEDEAO, ont décidé de créer leur propre organisation régionale et leurs propres documents de voyage.

Ironiquement, la société, autrefois visée par les critiques des autorités maliennes, notamment pour sa gestion des données du recensement administratif (Ravec), continue de détenir le contrat pour l’impression des documents. Les accusations contre Idemia, en 2023 et 2024, concernaient notamment des retards dans la fourniture des données et des accusations d’« atteinte aux biens publics ». Le contre-point de la « souveraineté nationale » affiché par les nouvelles autorités est donc mis en lumière par cette continuité du contrat avec une entreprise française. Cette situation génère de la perplexité vis-à-vis des choix politiques du Mali.

Un porte-parole d’Idemia indique que la production se déroule dans une usine européenne, précisant que 25 000 passeports ont déjà été livrés et que la production dépend des besoins des autorités maliennes. Une prolongation du contrat au-delà de 2025 n’est pour le moment « pas envisagée ». Le ministère malien des Affaires étrangères, contacté par RFI, n’a pas souhaité commenter cette situation.

Si les nouveaux passeports AES sont désormais en circulation, le processus d’agrément international est encore en cours, limitant les possibilités de voyages pour leurs détenteurs. Les anciens passeports Cédéao restent toutefois valables jusqu’à leur date d’expiration. L’image de l’indépendance et de la souveraineté des pays membres de l’AES, mise en avant par ces autorités, semble contradictoire avec leur choix de continuer à se fournir auprès d’une entreprise française, particulièrement dans un contexte géopolitique tendu.

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